Moon La Mystification – Allen Tate Wood

1. Moon La Mystification

2. Techniques de déstabilisation

3. Huit critères pour évaluer le totalitarisme idéologique

4. Ressources

5. La “secte Moon”: quelques repères

6. La secte Moon compte quelques centaines d’adeptes en France


Moon La Mystification

Information Catholiques International        No 576 / 15 juillet 1982

▲ C’est Allen Wood (ci-dessus et ci-contre le 3e à partir de la gauche) qui a été chargé par la famille de « déprogrammer » leur fille Claire. Un sujet que cet Américain connaît parfaitement bien. Pendant cinq ans, responsable de la secte dans l’Etat du Maryland, il a été un des bras droit du révérend Moon. Il participait aux cessions de training mises au point pour « laver le cerveau » des futurs adeptes.


Ancien lieutenant de la secte, Allen Tate Wood, témoigne

• Vous êtes considérée par les Moonistes comme un adversaire redoutable. Or vous êtes un ancien adepte. Comment en êtes-vous arrivée a bruler ce que vous adoriez ?

Allen Tate Wood: Pour ma part, j’ai été contacté par un jeune mooniste alors que j’étais étudiant en histoire aux Etats Unis. A l’époque, j’étais tout à fait disponible, contestant toutes les institutions, l’armée, le gouvernement. Militant pacifiste, j’étais parti en autostop, décidé à gagner l’Inde pour y trouver un maître spirituel. C’est en cherchant un lieu pour y laisser mes bagages que j’ai trouvé ce jeune adepte, qui m’a conduit à un centre. J’ai vécu trois mois à Berkeley. Ensuite à Washington. Là-bas, nous formions un groupe chargé d’infiltrer les milieux politiques. Groupe « religieux », nous n’étions pas autorisé par la loi à jouer un rôle directement politique ; cela nous le savions. En fait, nous étions un pion dans le jeu de Moon. Le gouvernement ignorait que nous étions ; nous usions de l’influence acquise par des services rendus auprès des sénateurs pour faire obstacle essentiellement aux projets de suspension à l’aide militaire à Israël et au Cambodge.

Ensuite, je suis parti avec huit autres moonistes au Vietnam, au Cambodge, au Japon, enfin en Corée. J’ai rencontré Moon, pour la première fois, ainsi que certains de ces affidés au Japon, tel que Sasagawa Ryoichi, criminel de guerre aujourd’hui à la tête d’un véritable empire financier, qui déclarait « Je suis le chien de M. Moon ». En Corée, nous couchions dans l’usine d’armement de Moon.


Sun Myung Moon avec Sasakawa Ryoichi. À l’extrême droite se trouve Kuboki Osami et à côté de lui, Eu Hyo-won.

Au contact de Moon, je suis passé de la fascination à la révolte, j’ai découvert sa brutalité, et qu’en fait, loin d’aimer les jeunes adeptes, il ne voulait que les utiliser comme des esclaves de sa propre puissance. Au retour, j’ai rassemblé un congrès de nos membres au Maryland pour leur annoncer que je quittais la secte.

Rapidement, Moon m’a fait contacter par Bo Hi Pak (son adjoint, qui fut attaché militaire coréen à Washington avant de travailler pour Moon). Bo Hi Pak m’a téléphoné pour me dire : “Le maître vous aime, il vous pardonne, prenez de longues vacances et, ensuite, vous suivrez un cours de cent jours. Après cela il veut vous donner encore plus d’autorité.”

La perspective de ce cours de cent jours était redoutable; il s’agit vraiment là d’un lavage de cerveau sauvage. Je n’ai pas accepté de renouer avec Moon. Peu à peu, j’ai commencé un travail de conférencier contre la secte, dans les universités, les églises, les oeuvres sociales. En 1979, j’ai écrit un livre qui relatait mon expérience « Moonstruck » (c’est littéralement celui qui a reçu un coup de lune et … ne s’en est pas remis, avec bien sûr le jeu de mot intraduisible sur « Moon »).

• Parlons un peu du « deprogramming ». [Aujourd’hui nous dirions conseillée de sortir.] Quelles sont les techniques ? Mais alors où trouver la clé d’une aliénation si bien réussie ?

Allen Tate Wood: En fait la chose est très simple. Si vous lisez les «Principes divins», vous voyez qu’il s’agit d’un système qui prétend explique absolument tout: les guerres, le péché, le salut, etc… C’est dans ce système que le leader va tenter de vous faire pénétrer. Les conférences de formation se déroulent dans un milieu d’amour, un climat réceptif, ouvert, valorisant. Comme nouveau venu, vous ne vous en apercevez pas toujours, mais vous êtes encadré par des adeptes confirmés, en moyenne les deux tiers du groupe. Vous avez peut-être près de vous une adepte qui vous parraine, discute avec vous, apparemment à bâtons rompus, en fait, elle rapporte au leader ce qui lui paraît significatif de vos soucis et de votre histoire personnelle. Demain le leader cherchera à vous toucher sur ces points plus sensibles. Cette sorte de «circuit » entre la parole de l’enseignant, un public réceptif, et vous avec vos questions fonctionne comme une roue et la fin de cette circulation est une sorte d’automatisme psychique. Lorsque vous commencez à céder à cet entraînement, on vous persuade que c’est la main de Dieu qui vous touche, que vous êtes choisi par Dieu pour confondre les armées de la nuit.

En fait, c’est Moon, c’est le dragon qui entre en vous avec des mains d’amour. Le groupe fonctionne ainsi. Tout paraît dicté par l’amour: ça vous semble une élévation, mais c’est une manipulation: il s’agit en fait d’un irrespect sauvage. Nous avons trop souffert de cela, Martin et moi, pour accepter de jouer ainsi sur les émotions. Notre travail est une invitation à la réflexion, pas une «séduction». Nous savons que nous ne « possédons » pas la vérité.

• Et Moon lui-même, sa personnalité, son caractère, que peut-on en dire ?

Allen Tate Wood: Fondamentalement, c’est une espèce de paranoïaque infantile. Moon ne peut voir le monde que dans sa tête et veut le détruire des qu’il ne s’accorde plus avec ses idées. Cela je le sais maintenant, mais la première impression que j’ai eu de Sun Myung Moon était toute différente. Je l’aimais. II m’apparaissais paternel, plein de grâce, l’égal à lui seul de Moïse, Jésus, Gandhi, Martin Luther King. Physiquement, c’est un acteur remarquable, un « danseur » même, tous ses mouvements sont pleins, jamais un geste sans raison. II a une séduction étonnante; en un sens c’est la plus grande autorité que j’ai vue dans ma vie. Je le voyais avec mes yeux d’alors… Peu à peu je me suis interrogé en observant son attitude par rapport aux adeptes, la façon dont il les manipulait. Je me souviens d’un matin de Pâques. Nous avions un grand meeting avec lui et j’étais assis au premier rang. II m’a fait venir près de lui, m’a demandé de me mettre à quatre pattes et m’a lancé un coup de pied. Puis se tournant vers l’assemblée: « Etes-vous prêts à me suivre si je vous traite ainsi ? » Les assistants étaient tout de même un peu interloqués et la réponse a manqué de vigueur; deux fois encore, il a répété sa question jusqu’à ce que le dernier « Oh oui! » soit un véritablement rugissement. A une autre occasion, grâce à un adepte coréen qui se trouvait à mes côtés, j’ai pu comprendre qu’il insultait grossièrement dans sa langue un vieil interprète qui lui demandait, après trois heures de travail ininterrompu, de s’absenter quelques instants. Je découvrais un autre visage de Moon, ce n’était plus Moïse, c’était le Dr No.

• Vous ne vous êtes pas occupé de « déprogrammer », seulement des moonistes mais aussi des adeptes d’autres sectes. Voyez-vous quelques traits communs entre toutes les sectes ?

Allen Tate Wood: Oui. Chaque fois il y a un leader qui prétend apporter une révélation absolue, posséder une sagesse absolue et vous faire entrer dans un système d’obéissance absolue. Si vous refusez cette sagesse ou, ce qui revient au même, cette obéissance aveugle, vous ne pouvez être sauvé, et tous ceux qui la refusent sont des ennemis. Pour moi, c’est une espèce de « titanisme ». Une vie humaine est pleine de vicissitudes et d’obscurités, mais à chaque siècle apparaissent les titans. Ils prétendent offrir aux hommes un chemin héroïque et, chaque fois, ça se révèle être une route infernale.

• Ce que vous dites là à propos des sectes, ne peut-on le dire aussi des grandes religions ?

Allen Tate Wood: Le phénomène traverse aussi les religions. Le catholicisme espagnol du XVII, siècle, avec son inquisition et ses auto-da-fé est bien sectaire: ça n’a plus rien à voir avec Jésus. C’est une sorte de farouche cannibalisme. Dans l’attitude religieuse authentique, la foi est première et la sagesse, le savoir, viennent après. II faut les deux, mais il faut aussi cette hiérarchie. Comme croyant je ne prétends pas que mon chemin soit tout tracé. Comme le dit saint Paul: « Je vois, mais confusément, comme dans un miroir »; les faux messies à l’inverse disent: « Tu peux voir clairement, directement ».

• C’est toute la question de la liberté. Elle ne concerne pas seulement les sectes. Je pense au problème politique.

Allen Tate Wood: Oui, c’est vrai, il y a des caractéristiques névrotiques des sectes qui permettent de comprendre d’autres phénomènes de civilisation comme les régimes totalitaires. Le processus est toujours le même. A partir d’une obsession, on finit par voir le monde de façon manichéenne. Chaque chose, chaque être qui nous aide est décrété bon, chaque opposition mauvaise. Pour moi, les sectes sont comme des « regards » qui permettent d’entrevoir le monde en profondeur. C’est une idée de la phénoménologie (Husserl, Heidegger) qu’à travers nos « blessures », nous pouvons voir le monde. Et les sectes sont bien des « blessures » des plaies sur le corps social.

• Dans votre travail, avez-vous rencontré des difficultés spécifiques à certaines sectes ?

Allen Tate Wood: Oui. Par exemple, chez les Krishna la répétition incessante du même mantra: « Hare Krishna », laisse une trace longtemps après le deprogramming, une sorte de bourdonnement. C’est très difficile d’effacer cet automatisme psychologique. Dans la « voie internationale », ils apprennent à parler en langue. Cette forme de glossolalie doit être assez intégrée pour se poursuivre mentalement – silencieusement. A ce stade, chaque fois que le monde touche l’adepte en un sens négatif cette mélopée commence, intérieurement, et il n’entend rien d’autre. Là encore, il arrive que, plusieurs années après avoir quitté la secte et malgré tous les efforts, le disque continue, impitoyablement.

• Toujours la question de la liberté. Vous êtes vous jamais demandé de quel « droit » vous interveniez dans la décision de quelqu’un qui après tout est majeur ?

Allen Tate Wood: C’est lorsque j’étais mooniste que je croyais avoir le droit, pour la cause de Dieu, d’attraper les autres, de contraindre. Maintenant, je sais que je n’ai pas ce droit. Encore une fois, il n’y a aucune violence dans ce que nous faisons. Simplement, il y a une réalité dans les sectes qui est le mensonge. J’ai reçu les coups du sorcier, je sais à quel esclavage il conduit. Bien sûr, il y a aussi de bonnes choses parmi les adeptes. On y rencontre l’amour, la fidélité, la loyauté, cela je ne le nie pas. Mais toute cette générosité tient autour d’une image fausse. alors, tôt ou tard, chacun quelles que soient ses qualités, entre dans ce système de mensonge, il est conduit à accepter une déformation de la réalité, une déformation de son psychisme, de sa vie spirituelle. Notre monde est assez sale comme cela! Je ne suis pas celui qui peut tout laver mais Dieu m’a confié ce petit coin.

• On parle beaucoup d’argent à propos de Moon mais je crois qu’il y a pire: derrière lui il y a une puissance de haine, une volonté de destruction. Les moonistes parlent beaucoup du diable, moi je ne l’ai jamais vu, mais si je peux l’imaginer, les méthodes de Moon (cette façon de faire de vous un esclave en vous faisant d’abord sortir de la réalité) correspondent bien à cette image.

Allen Tate Wood: Oui, si le diable existe ces méthodes sont bien faites pour lui. C’est ça le titanisme; détacher l’homme des obscurités du réel, lui promettre un avenir radieux et finalement en faire un esclave. Toujours la fin y justifie les moyens; fascisme, nazisme, marxisme-léninisme, il y a toujours un bel idéal, mais beaucoup de cadavres. Pour moi, ce sont les doigts du même dragon.

Fin


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Techniques de déstabilisation

Pour amorcer le processus d’embrigadement, il faut déstabiliser la personne.

1. La conscience connaît des variations progressives qui vont de l’extrême vigilance au sommeil.
Pour déstabiliser rapidement, on utilise des techniques de modifications de la conscience. Les états modifiés de conscience (EMC) fascinent et font peur. Ces états sont aussi appelés états de conscience supérieure, cinquième état de conscience, vie intérieure. De nombreux chercheurs en neurophysiologie pensent que ces états correspondent à ceux du sommeil, sommeil profond, coma avec expérience de mort imminente.

Nous pouvons distinguer trois types d’EMC :
• Les EMC par induction psychologique : méditation, transe, stress violent, régression hypnotique profonde, expériences de mort imminente, expérience hors du corps,
• Les EMC par induction physiologique : sommeil, relaxation, déshydratation sévère, intoxication médicamenteuse, troubles métaboliques,
• Les EMC mixtes qui associent l’induction psychologique à la modification de la physiologie du corps humain. Dans un EMC l’individu devient la proie ou peut se mettre sous l’emprise de tout individu qui cherche a faire fortune et à embrigader :

2. Le désir d’emprise peut être défini comme une tendance très fondamentale à la neutralisation du désir d’autrui et nous pouvons là aussi distinguer deux types :

l’emprise obsessionnelle qui vise à traiter l’autre comme une chose manipulable jusqu’à ce qu’il soit dans une position de servitude,
l’emprise perverse qui cherche la fusion, qui entretient la confusion et refuse la séparation : l’autre est fasciné, capturé par le discours et par les rituels.

Procédés de manipulation
Les très nombreux procédés de manipulation utilisés ont tous en commun d’organiser la régression psychologique de l’adepte. Manipuler, c’est utiliser à son profit l’immédiateté et la similitude pour y enfermer une personne et la diriger à sa convenance.

La similitude :
faire croire à l’autre qu’on est identique à soi, qu’on a les mêmes intérêts, qu’on le reconnaît et qu’on l’approuve pour ce qu’il voudrait être,
substituer la simplicité des images partielles à la complexité de la réalité,
remplacer la réalité par des images artificielles qui font écran.
L’immédiateté : c’est enfermer l’autre pour rendre impossible toute prise de distance et donc tout questionnement.

L’immédiateté concerne :
l’espace : promiscuité dans le groupe,
le temps : urgence permanente, répétition du même emploi du temps avec des lectures, chants, mantras, prières…
Il en résulte une immersion dans le groupe et une dilution de la personnalité de l’adepte entretenue par des manoeuvres hypnotiques, des régimes carencés, le manque de sommeil, l’excès d’occupation, l’enfermement dans une promiscuité permanente et imposée par le biais de stages.
La logique employée utilise exclusivement les amalgames induits seulement par des similitudes ponctuelles donc non justifiés :
identifications pour répartir le monde en « absolument bien »: le groupe et son chef, et « absolument mauvais »: l’extérieur,
pratique du bouc émissaire : rejet de tout ce qui va mal sur l’extérieur ou sur les « traîtres »,
utilisation du déni pour faire disparaître toutes les objections et les faits gênants.

Il s’ensuit :
L’enfermement dans une sorte de citadelle peuplée uniquement de semblables achevés ou en formation, assiégée par des étrangers ennemis et qui sont dans l’impossibilité d’accepter les différences des autres non-conformes.
L’obligation de prosélytisme permanent : plus l’adepte rencontre une forte résistance « des ennemis » du groupe, plus sa croyance au groupe se renforce. Ces organisations mettent en oeuvre délibérément des méthodes de manipulation de personnes cibles, dans la perspective de les transformer en agents dociles, imperméables à toute autre influence et à leur service exclusif. La personne cible attirée par les objectifs présentés sera l’objet d’un véritable programme de transformation faisant appel aux techniques les plus sophistiquées de la psychologie moderne.

Schématiquement, le programme se déroule en quatre phases :
I/ Attirer, séduire et motiver
en prenant en compte les motivations et la vulnérabilité de la personne, • en utilisant différents masques respectables : culturels, religieux, thérapeutiques, • en mettant à profit le contexte social dans lequel celle-ci évolue.

II/ Déstabiliser en créant un cadre où la personne est :
inexperte,
mise en cause,
privée de repères et d’autocontrôle,
mobilisée émotionnellement.

III/ Mettre la personne en condition de dépendance par la déconstruction des repères internes :
nouvel univers de références
dépendance et soumission volontaire.

IV/ Mettre en œuvre un travail de reconstruction
par des effets d’identification au groupe mobilisant les émotions
par des méthodes de suggestion dérivant de l’hypnose
par l’exploitation des insatisfactions, doutes, refus, révoltes inexprimées
par des séances d’isolement, de perte de repères, de mise à distance du quotidien
par la culpabilisation, l’humilité imposée au néophyte, sous couvert d’abandon de l’ego.

Quelques techniques de déstabilisation
La plupart des psychothérapies et des formations à forte implication personnelle comportent une part de remise en cause et une déstabilisation psychologique transitoire nécessaires pour une évolution personnelle.
L’énorme différence entre les méthodes qu’elles emploient et la manipulation mentale réside dans les suites et les finalités :
une thérapie vise à autonomiser et à libérer la personne,
les groupes sectaires visent, au contraire, à la rendre dépendante et conforme, à plus ou moins long terme, au modèle préétabli.

Techniques ponctuelles :
la réactivation, la reviviscence des stress,
l’analyse des motivations profondes
« l’inavouable »,
la provocation des émotions,
le réveil de la culpabilité,
le psychodrame : interactions dramatisées,
le témoignage – le « dire-vrai »,
la répétition dans l’obéissance, y compris à des ordres délibérément absurdes,
l’implication progressive : escalade provoquée, • les exercices physiques : le corps mis en situation exposée,
le silence ou les interactions menaçantes,
l’invalidation des mots par la récusation des vocabulaires usuels,
l’insolite : ruptures logiques et associations incongrues,
l’utilisation de médiateurs non verbaux, • les consignes paradoxales ou floues.


Huit critères pour évaluer le totalitarisme idéologique

(Source : BULLES du 1er trimestre 1994)
On trouvera ci-dessous la suite du compte-rendu du livre du Dr Robert Jay Lifton, La réforme de la pensée et la psychologie du totalitarisme (Cf. Le lavage de cerveau en Chine au début des années cinquante). Après avoir résumé l’analyse des huit points qu’il a retenus, nous nous demanderons avec l’auteur lui-même dans quelle mesure les organisations sectaires participent comme bien d’autres “nouvelles religions” d’une même tendance à s’ériger en croyances absolues et/ou totalitaires.

Résumé des huit critères
Dans le chapitre 22 de son ouvrage, le Dr Lifton a dégagé huit thèmes ou critères principaux permettant de déceler, d’évaluer le “totalitarisme idéologique” et sa mise en oeuvre dans des groupes, des institutions, et autres. Il ne s’agit pas de recettes de manipulation mais de symptômes permettant de juger de son existence. Bien entendu, les choses ne sont jamais aussi nettes dans la réalité. Il faut aussi garder présent à l’esprit le fait qu’il ne s’agit pas d’une théorie mais d’une tentative de classement opérée sur la base de dizaines d’heures d’entretien avec des personnes tout juste libérées de l’environnement totalitaire où elles avaient été “réformées”.
Plus un environnement présente ces huit thèmes psychologiques, plus il ressemble au totalitarisme idéologique

1. Le contrôle du milieu
C’est une évidence, mais ce contrôle est plus ou moins visible : depuis l’enfermement physique – la prison – en passant par “l’Université révolutionnaire” jusqu’à, parfois, un pays entier. Ce contrôle est essentiellement celui de la communication, non seulement de chaque individu avec l’extérieur, mais aussi avec lui-même. George Orwell (1), en bon Occidental, imaginait le contrôle au moyen d’un appareil – un téléviseur permanent, à double sens, chacun étant enregistré en même temps qu’il recevait les émissions. Les Chinois, eux, se sont servis d’instruments humains.

Si parfait que puisse être ce contrôle – matériel ou psychologique, ou les deux – il n’est jamais absolu. il peut toujours y avoir – provenant du monde extérieur ou du sujet lui-même – des informations “parasites” interférant avec les messages des manipulateurs. Pour ceux qui appliquent le système, s’il n’arrivent pas à créer un environnement contenant uniquement leur vérité, ils attribuent ces insuffisances à une application imparfaite des procédés – et aussi à la perversité totale du récalcitrant. Pour ce dernier, la conséquence ultime est son élimination physique ; mais cela même constitue pour les manipulateurs un échec personnel. Ceux-ci ont eux-mêmes été soumis à l’impact de la “vérité dernière” : appliquer aux autres le même traitement, et avec succès, est aussi le moyen de dissiper leurs propres doutes, s’il leur en reste.

Pour l’individu, la principale conséquence est la rupture de l’équilibre entre le moi et le monde extérieur. Nous opérons normalement un va-et-vient constant entre l’expérience (ce qui nous vient du monde extérieur et des autres) et notre propre réflexion : c’est ainsi que nous testons la réalité de l’environnement et maintenons le sens de notre propre identité.

Or, la pression du milieu totalitaire tend à détruire cette polarité, pour la remplacer par une autre : entre le “réel” (l’idéologie et le comportement du groupe auxquels chacun doit s’identifier) et le “non-réel” (tout le reste). Ce qui vient de l’extérieur est “mensonge”. Ceux qui parviennent à réaliser cette identification éprouvent un sentiment exaltant d’omniscience, partagée avec le groupe (le Parti, le Peuple, le Chef…), ils “voient le monde avec les yeux de Dieu”. D’autres se sentent étouffés par ceux qui les contrôlent et tenteront de leur échapper dès que le contrôle se relâchera (non sans garder des séquelles).

2. La “manipulation mystique”
Une fois réalisé le contrôle du milieu, l’étape suivante, inévitable, est la manipulation personnelle. Dirigée “d’en haut”, elle a pour but de provoquer un ensemble de comportements et d’émotions déterminés, mais de façon qu’ils soient ressentis comme spontanés. Pour le manipulé, cette spontanéité dirigée par un groupe omniscient revêt une qualité quasi-mystique. “Je réagissais en fonction de ce que l’on m’avait appris”. Les manipulateurs ne recherchent pas uniquement un pouvoir sur d’autres : eux aussi sont poussés par une mystique qui non seulement justifie, mais exige ces manipulations. Devenus l’instrument de leur propre mystique, ils confèrent une “aura” divine aux institutions manipulatrices – Parti, Gouvernement, Organisation, Eglise –. Ils sont les agents choisis par cette force supérieure (l’Histoire, la Science, Dieu, etc.). La réalisation de “l’impératif mystique” a le pas sur toute autre considération (y compris le bien-être humain immédiat). Toute pensée ou action mettant en question le but supérieur est considérée comme rétrograde, égoïste, mesquine. C’est cet impératif mystique qui produit les extrêmes apparemment opposés d’idéalisme et de cynisme, les actes les plus cyniques pouvant être commis pour servir le “but suprême” (“la fin sanctifie tous les moyens”).

Au niveau de la personne individuelle, les réponses tournent autour de la polarité de base entre confiance et défiance. On lui demande d’accepter ces manipulations sur la base de la confiance – ou de la foi – ultime : “comme un enfant dans les bras de sa mère”, disait un prêtre qui avait subi la réforme en prison. Celui qui éprouve ce degré de confiance en arrive à prendre plaisir aux souffrances causées par les manipulations ; il les croit nécessaires pour l’accomplissement du “but supérieur” qu’il a fait sien. Il participe alors à la manipulation des autres.

Mais une telle confiance est difficile à maintenir en permanence, et le but supérieur ne fournit pas toujours le support émotionnel suffisant, l’individu répond alors par la “psychologie du pion” : incapable d’échapper à des forces plus puissantes que lui, il cherche avant tout à s’adapter à elles. Il développe le sens de la bonne réponse, est sensible à toute sorte de signaux, apprend à anticiper les pressions de l’environnement, à se laisser porter par la vague ; ses énergies psychiques se fondent dans le courant, au lieu de se tourner contre lui-même, ce qui serait douloureux. Il cesse de se poser des questions. Il lui faut pour celaparticiper à la manipulation des autres, se plier aux trahisons (envers les autres et envers lui-même) exigées. Sa réaction peut aussi être un mélange des deux attitudes. Mais de toute façon, il s’est dépouillé de la capacité de s’exprimer et d’agir de façon indépendante.

3. L’exigence de pureté
Dans toutes les situations de totalitarisme idéologique, le monde de l’expérience est divisé rigoureusement entre le pur et l’impur, le bien absolu et le mal absolu. Le pur et le bien : ce sont les idées, les sentiments, les actions en accord avec l’idéologie et la ligne totalitaires ; tout le reste est relégué dans le domaine de l’impur et du mal. Rien d’humain n’est à l’abri du îlot de jugements moraux ; tous les “poisons”, toutes les souillures doivent être recherchés et éliminés.

Le postulat sous-jacent est que cette pureté absolue (le “bon communiste” pour les Chinois…) est possible. On peut faire n’importe quoi au nom de cette pureté ; ce sera moral. En fait, cette perfection est inaccessible, la “Réforme de la pensée” fournit elle-même la preuve de ses conséquences les plus malignes : elle crée un monde étroit de culpabilité et de honte. La réforme permanente exige de chacun qu’il s’efforce d’arriver à quelque chose qui non seulement n’existe pas, mais est étranger à la condition humaine.

Dans ce monde-là, chacun doit s’attendre à être puni. Comme on n’arrive jamais à la pureté totale, on doit s’attendre à l’humiliation et à l’exclusion. La relation avec le milieu, c’est la honte. Pis encore : la culpabilité et la honte deviennent des valeurs en soi, les formes privilégiées de la communication, l’objet de compétitions publiques. Ceux qui n’y arrivent pas entièrement peuvent feindre un certain temps ces sentiments ; mais il est beaucoup plus sûr de les ressentir vraiment.

Les individus sont plus ou moins enclins à ces sentiments de culpabilité et de honte, selon leur caractère et leur éducation ; mais ce sont des tendances humaines universelles, et tout le monde est vulnérable. C’est une affaire de degré. Les totalitaristes idéologiques, s’érigeant en juges ultimes du bien et du mal en ce monde, utilisent ces tendances comme leviers émotionnels pour influencer et manipuler, l’individu intériorise des critères absolus et devient son propre juge ; mais il les projette aussi à l’extérieur : les “impuretés” proviennent d’influences extérieures. Le meilleur moyen de se débarrasser du fardeau de la culpabilité est de dénoncer continuellement ces influences. Plus on se sent coupable, plus la haine est grande. Cela conduit aux haines de masse, aux purges d’hérétiques, à des guerres saintes (politiques ou religieuses). Quand on a vécu une telle polarisation bien-mal, il est très difficile de retrouver un sens plus équilibré des complexités de la moralité humaine.

4. Le culte de la confession 

Cette obsession est étroitement liée à l’exigence de pureté absolue. On en arrive à confesser des crimes imaginaires – cela, dans l’espoir d’être guéri de ses péchés. Entre les mains de totalitaristes, la confession devient un moyen d’exploiter des vulnérabilités (sentiment de culpabilité, honte) au lieu de les soulager.

La confession est d’abord un moyen de purification personnelle. C’est aussi une sorte de reddition symbolique – et enfin le moyen de maintenir une transparence totale vis-à-vis des autres, ou au moins de l’Organisation, qui doit connaître tout le passé, les pensées, les passions de chaque individu, et spécialement ce qui est considéré comme négatif. Ce culte de la confession peut produire un sens orgiastique de l’unité entre les co-confessants, une sorte d’extase où le moi se fond dans le grand flux du “Mouvement”. Pour certains, cela peut aussi satisfaire une tendance à l’auto-punition, un désir de se libérer de sentiments refoulés de culpabilité (catharsis). Chacun devient un juge pénitent. Comme dit un personnage de Camus : “Plus je m’accuse, plus j’ai le droit de vous juger”.

5. La “Science sacrée”
Le milieu totalitaire maintient une aura sacrée autour de son dogme de base, présenté comme la vision morale ultime pour ordonner l’existence humaine. Il est interdit (ou impossible) de le mettre en question et il implique de révérer les auteurs de cette Parole et ses détenteurs actuels. Bien que cette “Science sacrée” soit du domaine de la révélation, elle transcendante (elle est supérieure) les règles ordinaires de la logique, le milieu totalitaire met une insistance exagérée à affirmer sa logique sans faille, sa précision “scientifique” absolue. Oser la critiquer, ou, pire, avoir des idées différentes, même non-dites,devient non seulement immoral et irrespectueux, mais “antiscientifique”. On exploite ici la révérence qui entoure tout ce qui est “scientifique”.
Le postulat, ici, n’est pas tellement que l’homme puisse être Dieu, mais que les idées de l’homme puissent être Dieu – qu’il y a une science absolue des idées (et donc de l’homme) – qu’elle peut être combinée avec un corps également absolu de principes moraux – la doctrine qui en résulte devant être vraie pour tous les hommes en tous les temps.

Au niveau de l’individu, cette science sacrée peut offrir réconfort et sécurité, grâce à l’unification apparente entre les modes d’expérience mystique et logique (3). Elle fait coexister des raisonnements à forme de syllogisme (à grand renfort de “par conséquent”) et des intuitions fulgurantes. L’emprise de cette “science sacrée” est si forte que l’individu qui se sent attiré par des idées qui l’ignorent ou la contredisent se sentira coupable et aura peur.

Dans un environnement totalitaire, il n’y a pas de distinction entre le sacré et le profane. Une contrefaçon de science se mélange à une religion de pacotille. La pression pour obtenir la fermeture personnelle est telle qu’on préfère éviter toute connaissance, toute expérience qui pourrait mener à une expression de soi authentique et à une évolution créatrice.

6. Le langage codé
Dans le langage de l’environnement totalitaire, le cliché est roi. Les problèmes humains les plus complexes sont réduits à quelques phrases courtes, péremptoires, faciles à se rappeler et à répéter. Elles sont le commencement et la conclusion de toute “analyse idéologique”. Le cliché a l’avantage de dispenser de toute discussion réelle, de l’exploration d’interprétations diverses, de toute réflexion et expression personnelles.
Les clichés ne sont pas seulement des raccourcis, mais ils sont polarisés, avec des charges émotionnelles positives ou négatives : il y a les termes qui représentent le bien, et ceux qui représentent le mal, le diable. Le vocabulaire maoïste, par exemple, répétait les termes positifs : progrès, progressiste, libération, point de vue prolétarien, dialectique de l’histoire, etc. Les termes négatifs : capitaliste, impérialiste, bourgeois, exploitation… Ce “langage de la non-pensée”, très caractéristique, est affreusement ennuyeux pour tous ceux qui ne le partagent pas. Il rend aussi très reconnaissable un membre de groupe totalitaire.

Bien sûr, tout groupe possède, dans une certaine mesure, son jargon propre : famille, école, profession, etc. Certaines expressions sont des signes de reconnaissance ; mais cela n’empêche pas les membres de ces groupes (un individu peut d’ailleurs appartenir à plusieurs) d’être également à l’aise dans le langage général. Dans le groupe totalitaire, le jargon devient exclusif, il exprime les certitudes de la “science sacrée”, les renforce ; les expressions-clefs déclenchent les émotions, positives ou négatives, voulues par les manipulateurs.

Pour l’individu, ce langage a pour effet un rétrécissement (“constriction”), un appauvrissement, une amputation linguistique. Or, le langage et sa richesse sont la base même de l’expérience humaine, et amputer le langage, c’est supprimer des pans entiers de la capacité de penser et de sentir, même si l’individu ne s’en rend pas compte, et même s’il y prend du plaisir, car il ressent ainsi son appartenance au groupe, en dehors duquel il ne veut plus exister. C’est aussi un lien très fort avec le groupe, car le monde extérieur lui devient étranger.”Les autres ne pensent pas comme nous” Il devient même étranger à lui-même, à son propre passé, à tout ce qui a fait qu’il est devenu ce qu’il est : il n’arrive même plus à se représenter son “ancienne vie” – et d’ailleurs il n’en a pas envie : il sent bien que cela pourrait constituer pour lui un danger.

Cette manipulation du langage pourrait faire l’objet d’une étude spéciale, car elle est fondamentale : c’est le mur le plus apparent entre les adhérents d’une idéologie totalitaire et le reste de l’humanité. C’est d’ailleurs souvent ce qui est ressenti d’abord par “les autres” (ceux qui sont à l’extérieur du système totalitaire). Pour les Occidentaux sortant des prisons chinoises, c’était d’autant plus évident que leur “réforme” s’était faite en chinois ; mais ce l’était tout autant pour les Chinois eux-mêmes. L’un d’eux disait : “Quand on a utilisé si longtemps les mêmes modèles d’expressions… on se sent enchaîné”.

7. La doctrine au-dessus de la personne
Ce langage stérile reflète aussi la subordination de l’expérience humaine aux exigences de la doctrine : l’expérience personnelle, les sentiments sont continuellement canalisés, mis dans un moule abstrait d’interprétation, les sentiments devant correspondre au catalogue officiel.

Cela saute aux yeux dans la réinterprétation de l’histoire, réécrite en forme de mélodrame noir et blanc. Là aussi, il y avait les méchants : impérialistes, capitalistes, étrangers, réactionnaires féodaux à l’intérieur – et les bons –, la résistance et la libération du Peuple, le salut par la victoire du communisme. Ces réinterprétations intègrent aussi des morceaux de réalité, sans quoi elles ne seraient pas acceptées et resteraient pure mythologie. les mythes eux-mêmes utilisent et renforcent des sentiments existants, parfois sous-jacents, et qui peuvent être justifiés. Toutes les révolutions de masse refont l’histoire, en éliminant ce qui ne cadre pas avec la doctrine, ou en le réinterprétant. L’histoire des “historiens” n’est jamais entièrement objective ni innocente.

Mais un historien sérieux s’efforce de faire abstraction de ses propres préférences et préjugés ; à tout le moins précisera-t-il son point de vue. Mais quand le mythe fusionne avec la “science sacrée” totalitaire, la “logique” qui en résulte peut purement et simplement éliminer et remplacer la réalité : celle de faits historiques, même récents, mais aussi celle de l’expérience individuelle.

C’est ainsi que l’individu refait son passé pour complaire à ses maîtres, réinterprète toute sa vie, et celle de sa famille. Il faut que le caractère et l’identité soient remodelés, non pas en accord avec la nature et les potentialités de chacun, mais pour les couler dans le moule rigide de la doctrine. Camus dit que “les bourreaux philosophes et le terrorisme d’État… mettent au-dessus de la vie humaine une idée abstraite, même s’ils l’appellent histoire, à laquelle, soumis d’avance, ils décideront, en plein arbitraire, de soumettre aussi les autres…” .

Le postulat est que la doctrine – y compris ses éléments mythiques – est plus valable, plus vraie, plus réelle que tout aspect du caractère humain réel, ou de l’expérience humaine. Et si la doctrine est contredite par les événements, on changera les événements plutôt que la doctrine – ils seront minimisés, niés, ou ignorés. De même pour des individus, qui iront jusqu’à accepter de réinterpréter leurs actes et leurs attitudes pour coïncider avec le personnage qu’ils deviennent, si jamais ils tombent en disgrâce (s’ils n’ont pas la possibilité, ou la force, de sortir du système totalitaire).

8. Le pouvoir absolu sur l’existence
l’environnement totalitaire établit une séparation absolue entre ceux qui ont le droit d’exister et ceux qui ne l’ont pas. ces derniers sont des “non-personnes”, la réforme de la pensée fournit à des non-personnes le moyen d’accéder à l’existence.
Ce droit souverain d’accorder ou de refuser l’existence revient à se faire Dieu : c’est ce que les Grecs appelaient hubris. Mais sous cette hubris, il y a la conviction qu’il n’existe qu’une seule voie menant à la véritable existence, un seul mode valide d’exister, les totalitaristes se sentent obligés de détruire toutes les possibilités de “fausses” existences : c’est le moyen de réaliser le grand projet de l’existence vraie, auquel ils se sont consacrés. Et on peut considérer toute la réforme de la pensée comme le moyen d’éradiquer tous ces modes d’existence réputés faux non seulement chez les non-personnes, mais aussi chez les personnes légitimes, mais qui pourraient être contaminées.

Pour l’individu, c’est le conflit ultime : “être ou ne pas être”, l’être ou le néant. c’est aussi l’attrait d’une expérience de conversion qui offre le seul chemin possible pour parvenir à l’existence, l’environnement totalitaire – même en l’absence de violence physique – stimule en chacun la peur de la destruction. La personne peut surmonter cette peur et trouver confirmation de son existence dans la source de toute existence qu’est l’Organisation totalitaire.

L’existence dépend alors de la foi (“je crois, donc je suis”), de la soumission (“j’obéis, donc je suis”) et, finalement, du sentiment de fusion totale avec le mouvement idéologique. Certes, chacun opère des compromis et combine cette dépendance avec des éléments de sa propre identité. Mais chacun se voit rappeler en permanence que la marge de manoeuvre est étroite et qu’on ne peut dévier beaucoup de l’unique voie, sous peine de se voir retirer le droit à l’existence.

Et les sectes ?
Lifton n’a pas déterminé ces thèmes a priori. Il les a dégagés de ce qu’il avait appris en écoutant les sujets ayant subi la “réforme de la pensée”. On pourra trouver que d’autres classements seraient possibles, ou que certains thèmes se recouvrent, au moins en partie. Le contrôle du milieu, celui du langage, donc de la communication, sont intimement liés. Tout classement est une tentative, jamais entièrement réussie, pour comprendre autant que possible l’expérience.

Lifton conclut en disant que plus un environnement présente ces huit thèmes psychologiques, plus il ressemble au totalitarisme idéologique. Mais il ajoute qu’aucun milieu ne réalise parfaitement le totalitarisme. Certains environnements, plutôt modérés, peuvent en manifester certains. Et même, tel environnement qui paraît se rapprocher dangereusement du totalitarisme, si l’on se base sur ces critères, peut cependant en différer radicalement, dans la mesure où il laisse ouvertes des voies différentes.

Le totalitarisme expérience paroxsystique
Le totalitarisme lui-même peut offrir une expérience “paroxystique”, qui permet de transcender tout ce qui est ordinaire, banal, de se libérer des ambivalences humaines, de pénétrer dans une sphère de vérité, de réalité, de confiance et de sincérité au-delà de tout ce qu’on a jamais connu ou imaginé. cependant cette expérience n’étant pas spontanée, mais dirigée et manipulée, et contrairement à ce qu’ont connu les grands mystiques, les grands spirituels, elle a pour effet la fermeture de l’esprit et non une plus grande réceptivité et ouverture.

En l’absence d’expérience paroxystique, le totalitarisme idéologique a des conséquences encore plus négatives pour le potentiel humain : émotions destructrices, rétrécissement intellectuel et psychologique ; il prive l’homme de tout ce qui est le plus subtil, le plus imaginatif – par la fausse promesse d’éliminer les imperfections, les incertitudes et ambivalences qui aident à définir la condition humaine. C’est ce qui provoque les excès collectifs si caractéristiques du totalitarisme sous toutes ses formes. Ces excès à leur tour mobilisent des tendances extrémistes chez ceux de l’extérieur qui sont attaqués, et on entre dans un cercle vicieux.
Selon Lifton, la source du totalitarisme idéologique, l’origine de ces réactions émotionnelles extrêmes ne se trouve pas dans quelque puissance maléfique extérieure, mais dans les profondeurs même de l’homme : la quête humaine du guide tout-puissant, de la force surnaturelle (parti politique, idées religieuses, grand chef, la Science…) capable d’apporter à tous les hommes la solidarité parfaite, éliminera l’angoisse de la mort et la terreur du néant. Cette quête est au coeur de toutes les mythologies, des religions, de l’histoire de toutes les nations, comme dans la vie individuelle. Le potentiel de totalitarisme est différent selon les sociétés, leur histoire, leur structure, comme chez les individus, selon leur caractère, leur devenir (famille, enfance, relations avec les autres…). Il n’est jamais entièrement absent, et on ne peut le prédire : deux personnes ne sont jamais identiques, pas plus que deux sociétés à un moment donné. Pour que le totalitarisme se produise, il faut que se conjuguent un grand nombre de facteurs qui n’étaient pas tous apparents, ni prévisibles.

La “Réforme de la Pensée” a été publiée en 1961. Au cours des années, et surtout à partir du milieu des années 70, beaucoup de lecteurs y ont vu bien plus qu’une étude des méthodes maoïstes de “rééducation”, et Lifton lui-même s’est rendu compte que c’était aussi, et surtout, “une exploration de ce qui est peut-être la tendance la plus dangereuse de la mentalité du 20ème siècle : la quête de systèmes de croyances absolues ou ‘totalitaires'”.

“En vérité, cette quête a produit une véritable épidémie mondiale de fondamentalisme politique et religieux, de mouvements adhérant au pied de la lettre à des textes sacrés supposés contenir la vérité absolue pour tous les humains et se croyant investis d’un mandat pour des mesures souvent violentes contre les ennemis désignés de cette vérité, ou simplement les non-croyants. Cette épidémie inclut des versions intégristes de religions et de mouvements politiques existants, aussi bien que des formations nouvelles combinant des éléments idéologiques disparates”.

“Ces derniers groupes sont souvent désignés par le mot “cultes” (américain pour “sectes”), appellation qui est aujourd’hui plutôt péjorative, certains observateurs préférant les appeler “nouvelles religions”. Mais je pense que nous pouvons appeler “cultes” (sectes) des groupes ayant certaines caractéristiques :

1. un chef charismatique qui tend de plus en plus à devenir objet d’adoration à la place des principes spirituels prônés ;

2. des éléments structurels de “réforme de la pensée” apparentés à ceux qui sont décrits dans ce volume, spécialement au chapitre 22 ;

3. une tendance à la manipulation par le sommet de la hiérarchie, avec une exploitation considérable (économique, sexuelle ou autre) des adeptes de base qui apportent leur idéalisme”.

Aussi bien les critiques de ces “sectes” que les dirigeants de celles-ci se sont mis à lire Lifton, les uns y découvrant une parenté entre les caractéristiques décrites et les pratiques des “sectes” – les autres pour prouver qu’il n’y avait aucun rapport.
Nous laisserons à nos lecteurs le soin de décider s’ils retrouvent dans les diverses organisations “sectaires” ou “totalitaires”, que leur façade soit religieuse ou autre, des méthodes et pratiques comme celles qui décrit le livre de Lifton.


Résumé des huit critères

Dans le chapitre 22 de son ouvrage, « La réforme de la pensée et la psychologie du totalitarisme », le Dr Robert Jay Lifton a dégagé huit thèmes ou critères principaux permettant de déceler, d’évaluer le “totalitarisme idéologique” et sa mise en oeuvre dans des groupes, des institutions, et autres.


RESSOURCES


UNADFI –  https://www.unadfi.org/

Bienvenue sur le site de l’UNADFI
L’UNADFI, Union nationale des Associations de défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes, a pour but de :
• Prévenir les agissements des groupes, mouvements et organisations à caractère sectaire.
• Accompagner et défendre les familles et les individus victimes de ces groupes.
• Etudier les doctrines et pratiques des mouvements à caractère sectaire.
• Informer et documenter le grand public.

A cette fin, elle réunit, anime et coordonne les différentes ADFI (Associations de défense des Familles et de l’Individu) et les associations ayant le même objet.


Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM)

CCMM –  https://www.ccmm.asso.fr/

L’association fut fondée en 1981 par l’écrivain Roger IKOR, lauréat du prix Goncourt 1955, dont le fils, s’était suicidé en 1979 sous l’emprise du « Zen macrobiotique ». L’écrivain avait alors écrit une lettre ouverte au président de la République : « Je porte plainte », aux éditions Albin Michel. La disparition en 1986 de Roger IKOR n’a pas interrompu l’activité du Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM) qu’il avait créé et animé. Le conseil d’administration, réuni le 28 septembre 1986, a décidé que l’association s’appellerait désormais « CENTRE ROGER IKOR-CCMM ». Marie GENEVE cofondatrice du CCMM est devenue présidente. …

Depuis sa création en 1981, le CCMM–CENTRE ROGER IKOR, assure avec rigueur et professionnalisme les missions qu’il s’est fixées lors de sa création. L’association CCMM a pour but de participer à la protection de la Liberté de l’Homme : « Elle s’oppose à toute action, collective ou individuelle, qui tend, par quelque moyen que ce soit, à pénétrer, domestiquer ou asservir les esprits, notamment ceux des jeunes. À cette fin, elle mène une action d’information, d’éducation et de mise en garde du public fondée sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Convention Internationale des droits de l’enfant et en référence aux valeurs républicaines, au principe de laïcité en particulier ». L’association conduit cette action par différents moyens, notamment, débats, conférences, diffusion d’informations et d’expériences, recherche documentaire, formation et actions pédagogiques.

L’action du CCMM s’adresse aux victimes d’emprise mentale, à leurs familles et aux citoyens. L’association a pour vocation l’information sur le phénomène sectaire, la prévention et l’aide aux victimes. Elle accompagne les victimes des mouvements sectaires et leurs proches et cherche à faire progresser le débat et à peser sur la décision publique.

Le CCMM est devenu au fil des ans un véritable espace d’écoute et d’informa tion en direction : – des victimes et de leurs familles – des citoyens et des mouvements de la société civile.

Techniques de déstabilisation
https://www.ccmm.asso.fr/techniques-de-destabilisation/


Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en Vue de la Protection de l’Individu

GEMPPI –  https://www.gemppi.org/


SOS-Sectes –  https://www.sos-sectes.com/

Groupes d’entraide, consultations, formations…

En principe, le mot “secte” est issu du verbe latin sequi, qui signifie “suivre”, mais une dérivation tardive le lie à secare qui signifie “couper”. Il a longtemps désigné un sous-groupe religieux se coupant du groupe “mère”, mais actuellement, on peut dire que les contenus religieux ou autres avancés par le “gourou” servent d’alibi à un fonctionnement groupal qui coupe les adeptes de leur milieu d’origine.

Au moment de sa fondation, SOS-Sectes ne s’intéressait qu’aux groupes sectaires, mais a été progressivement interpellée sur d’autres phénomènes tels que les “sectes à deux” (perversions sexuelles et narcissiques, violences physiques et morales, etc.) et plus récemment les radicalismes.

Nous ne prenons pas tout en charge, nous en déléguons une partie à nos partenaires. C’est pourquoi nous vous invitons à cliquer ci-dessous sur la catégorie qui vous intéresse.


Le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles

CIAOSNhttp://www.ciaosn.be/

Centre fédéral belge créé par loi du 2juin 1998 donnant suite à une des recommandations de l’enquête parlementaire

“visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratique illégales des sectes et le danger qu’elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d’âges”,

demandant la création d’un observatoire des sectes en Belgique, le CIAOSN est installé depuis l’été 2000 dans le bâtiment de l’espace Jacqmotte situé rue Haute 139 au centre de Bruxelles.


MIVILUDES –  https://www.derives-sectes.gouv.fr/

La Miviludes
observe et analyse le phénomène sectaire, coordonne l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des dérives sectaires, et informe le public sur les risques et les dangers auxquels il est exposé.


https://www.nouvelobs.com/monde/20120903.FAP7669/la-secte-moon-quelques-reperes.html

La “secte Moon”: quelques repères

Par L’Obs avec AFP
Publié le 03 septembre 2012 à 21h01

GAPYEONG, South Korea (Sipa) — Voici quelques repères sur l’Eglise de l’unification, souvent dite “secte Moon”, fondée en 1954 par le révérend Sun Myung Moon, mort lundi à Séoul en Corée du Sud, à l’âge de 92 ans.

– Les adeptes

L’Eglise de l’unification revendique trois millions d’adeptes et des missionnaires dans 194 pays mais d’anciens moonistes et des détracteurs de l’organisation estiment que les fidèles ne sont pas plus de 100.000.

– L’empire économique
L’empire Moon s’étend dans plusieurs pays et comprend aussi bien des hôpitaux -Sun Myung Moon s’est éteint dans l’un d’eux- que des journaux comme le “Washington Times”, des hôtels comme le New Yorker Hotel à Manhattan ou le luxueux Potonggang Hotel à Pyongyang (Corée du Nord), une chaîne de distribution de produits de la mer qui fournit des restaurants japonais aux Etats-Unis, des équipes de football professionnelles, des écoles, une station de ski, et une troupe de ballet en Corée du Sud. L’organisation possède également un grand “institut de la paix” à Pyongyang et la co-entreprise de construction automobile nord-coréenne Pyeonghwa Motors.
Aux Etats-Unis, Moon a donné quelque 110 millions de dollars (87,5 millions d’euros) sur un peu plus de dix ans à l’université de Bridgeport (Connecticut) pour qu’elle continue de fonctionner.

– Mariages collectifs
Le “révérend” Moon célèbre son premier mariage collectif à Séoul au début des années 1960. Les “cérémonies de bénédiction” deviendront de plus en plus importantes. En 1982, le premier mariage collectif hors de Corée du Sud rassemble plusieurs milliers de participants au Madison Square Garden de New York. En 2009, il célèbre le mariage ou le renouvellement des voeux de 45.000 personnes.
“Les mariages internationaux et interculturels sont le moyen le plus rapide d’arriver à un monde idéal de paix”, explique Moon dans une autobiographie publiée en 2009. “Les gens devraient se marier au-delà des frontières nationales et culturelles avec des gens d’autres pays qu’ils considèrent comme leurs ennemis pour qu’un monde de paix puisse advenir beaucoup plus rapidement.”

– Deuil et funérailles
La dépouille de Sun Myung Moon, mort à l’âge de 92 ans, a été transférée dans le majestueux palais blanc de l’église située surplombant les lacs et forêts du comté de Gapyeong, sur le mont Cheonseong, à l’est de Séoul (nord-ouest). C’est là que le fondateur de l’Eglise de l’unification sera enterré le 15 septembre, à l’issue d’un deuil de 13 jours -contre trois à cinq jours traditionnellement en Corée. Les adeptes pourront se recueillir à partir de jeudi dans le gigantesque centre sportif et culturel récemment bâti sur le vaste complexe de l’église.

– Les relations avec les Etats-Unis
Moon a développé de bonnes relations avec des dirigeants conservateurs américains comme les anciens présidents républicains Richard Nixon (1969-74), Ronald Reagan (1981-89) ou George H.W. Bush (1989-93).
Le dirigeant-fondateur de l’Eglise de l’Unification a cependant passé 13 mois dans une prison fédérale américaine au milieu des années 1980 pour fraude fiscale. L’organisation a accusé le gouvernement américain de persécuter Moon en raison de son influence et de sa popularité croissantes auprès des jeunes Américains.
En 2004, une bonne dizaine d’élus parlementaires américains participent à une “cérémonie du couronnement” du couple Moon au cours de laquelle le révérend Moon s’autoproclame sauveur de l’humanité et affirme que ses enseignements ont aidé Adolf Hitler et Joseph Staline à “renaître en tant que personnes nouvelles”. Certains élus ont déclaré par la suite qu’ils avaient été induits en erreur quant à la nature de l’événement.
Par la suite, la secte Moon a fait profil plus bas aux Etats-Unis, se concentrant sur ses activités commerciales. L’organisation affirme que le révérend Moon a vécu pendant plus de 30 ans dans ce pays.

– Les relations avec la Corée du Nord
Né en 1920 dans la province de Nord Pyongan en Corée, dans l’actuelle Corée du Nord, Sun Myung Moon a été arrêté à la fin des années 40 par les autorités du Nord, [qui l’a accusé d’adultère en 1946 et de bigamie en 1948]. Quand la guerre de Corée avait éclaté, il avait gagné la Corée du Sud où il devait fonder en 1954 son église de l’Unification. Sun Myung Moon, qui rêvait de voir les deux Corées réunifiées, avait renoué des relations avec la Corée du Nord en 1991, avec une rencontre avec son fondateur Kim Il Sung, dans la ville industrielle de Hamhung.
Dans son autobiographie, il dit avoir exhorté le dirigeant communiste à renoncer à ses ambitions nucléaires, ce dernier lui assurant que son programme était exclusivement pacifique. “Nous avons pu tous deux échanger sur nos loisirs communs, la chasse et la pêche”, écrivait Moon. “A un moment, nous avons chacun eu l’impression que nous avions tant de choses à nous dire que nous avions commencé à parler comme deux vieux amis qui se retrouvent après une longue séparation”.
A la mort de Kim Il Sung en 1994, Moon avait envoyé un message de condoléances. Son successeur, le défunt Kim Jong Il, envoyait des roses, des montres et autres présents à Moon chaque année pour son anniversaire. D’après Sun Myung Moon, Kim Il Sung avait demandé à son fils de toujours solliciter l’avis du “Président Moon” pour ce qui concernait les deux Corées.

– La direction de l’Eglise de l’Unification
Sun Myung Moon a confié la gestion des affaires courantes à ses enfants -ils sont dix fils et filles, selon son église. Des informations de presse suggèrent des désaccords au sein de la famille.
En 2011, l’un des fils aurait poursuivi la mère qui aurait prélevé sans son consentement plus de 22 millions de dollars (17,5 millions d’euros) sur le compte d’une société qu’il dirige pour les verser à sa fondation missionnaire. D’après l’agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap, la justice a déclaré qu’il s’agissait d’un prêt et ordonné son remboursement.
Un autre fils Moon s’est suicidé en 1999 dans un hôtel américain de Reno, dans le Nevada, selon les autorités, et deux autres fils seraient également morts prématuréments dans des accidents, l’un de train et l’autre de voiture. Ce dernier, qui était fiancé à une danseuse étoile sud-coréenne, Julia, a néanmoins été marié “spirituellement” et de manière posthume à sa promise.
Le plus jeune fils Moon, le révérend Hyung-jin Moon, né aux Etats-Unis, a été nommé directeur religieux général de l’église en avril 2008. D’autres enfants du couple Moon dirigent des entreprises et oeuvres de charité du mouvement. En février 2010, Hyung-jin Moon déclarait à l’agence Associated Press que lui et ses frères et soeurs ne se considéraient pas comme les successeurs de leur père, messie autoproclamé, mais “plus comme des apôtres”.


https://www.nouvelobs.com/monde/20120903.FAP7663/la-secte-moon-compte-quelques-centaines-d-adeptes-en-france.html

La secte Moon compte quelques centaines d’adeptes en France

Par L’Obs avec AFP
Publié le 03 septembre 2012 à 18h20

PARIS (Sipa) — L’Eglise de l’Unification, qui vient de perdre son fondateur, le révérend Sun Myung Moon, est peu présente en France, où elle est plus connue sous l’appellation de “secte Moon”. Elle n’y compte plus que “200 à 300” adeptes, selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Dans l’Hexagone, l’Eglise de l’Unification est considérée comme un “mouvement à caractère sectaire” “mais qui n’a plus beaucoup de résonance”, a expliqué lundi Hervé Machi, le secrétaire général de la Miviludes, joint par téléphone par l’agence de presse Sipa. Aujourd’hui, le mouvement compte “200 à 300” fidèles en France et n’a plus qu’une “activité extrêmement réduite dans des centres dits ‘culturels'”, notamment l’espace “Culture et paix” dans le XIIIe arrondissement de Paris, qui propose des conférences thématiques et “dépend de l’église mooniste”.

Le “gros de l’existence” de Moon en France se situe dans les années 1970-80. Mais depuis la fin des années 90, le mouvement a connu un “très net déclin en France”, coïncidant avec la “vigilance accrue des pouvoirs publics”, observe Hervé Machi.
L’Eglise de l’unification est citée comme mouvement sectaire dans des rapports parlementaires en 1995 et 1999, rappelle-t-il. Il est fait état de “lavages de cerveaux, d’endoctrinement des jeunes, de captage d’argent” -toutes accusations dont l’organisation se défend. A l’époque, le mouvement était “encore bien implanté”, avec “un patrimoine financier très important en France”, notamment des châteaux.

Contrairement à d’autres mouvements comme l’Eglise de Scientologie, beaucoup plus présente, Moon “a un peu quitté la France depuis dix ans”, constate-t-il, notant l’absence désormais de signalements de présumées victimes directes de l’Eglise de l’unification. Désormais, “il n’y a plus vraiment de présence sur le territoire avec mise sous emprise de personnes”. L’Eglise est surtout implantée aux Etats-Unis, au Japon et en Corée du Sud, la patrie de son fondateur, qui s’y est éteint lundi à l’âge de 92 ans.

Pour autant, la Miviludes continue de s’intéresser à Moon et ses différentes émanations, parce que c’est “un grand mouvement, une multinationale puissante”, souligne Hervé Machi. “On assure toujours une vigilance sur l’activité internationale de Moon et l’activité du centre culturel à Paris.”

Aujourd’hui, Moon constitue en effet “plus un empire international et financier”, qui reste influent via ses “ramifications internationales” et notamment ses actions de lobbying, estime Hervé Machi. Son empire économique s’étend à des secteurs aussi divers que la presse, avec le “Washington Times”, l’armement, l’agro-alimentaire ou même le football, rappelle-t-il.

Mais l’Association de l’Esprit-Saint pour l’unification du christianisme mondial, comme elle s’appelle aussi, étend également son influence internationale via des structures associatives et caritatives, défendant la paix ou la famille, comme la Fédération des familles pour la paix mondiale ou la Fédération universelle pour la paix, dont certaines ont obtenu un statut consultatif auprès d’instances internationales comme les Nations unies, souligne M. Machi. Des statuts d’ONG (organisations non gouvernementales) qui lui permettent d’intervenir lors de conférences internationales et de s’offrir une “respectabilité”.

“Moon avance avec un faux nez”, en se cachant derrière “le paravent de la paix” ou de la famille, résume-t-il, y voyant “une autre forme d’escroquerie”.


Billet pour le ciel – 1, Josh Freed

Billet pour le ciel – 2, Josh Freed

Billet pour le ciel – 3, Josh Freed

L’empire Moon – Jean-François Boyer

J’ai arraché mes enfants à Moon – Nansook Hong

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 1

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 2

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 3

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 4

Transcription de Sam Park Vidéo en Français