J’ai arraché mes enfants à Moon


▲ La jeune Coréenne Nansook Hong épousa Hyo Jin, le fils aîné du révérend Moon, en janvier 1982, à l’âge de 15 ans. Au premier plan, ses divins beaux-parents.


Paris Match   2579    29 Octobre 1998    pages 99-100

J’ai arraché mes enfants à Moon

Nansook Hong: “Parfois les Moon donnaient 1 million de dollars en cash à mon mari. Pour qu’il les “recycle” dans les commerces coréens de New York”

Elle pensait avoir épousé le fils de Dieu sur terre. A la place, Nansook Hong a lié son destin, à l’âge de 15 ans, avec l’aîné du révérend Moon, un garçon violent, ivrogne et drogué dont elle a eu cinq enfants. Aujourd’hui divorcée, la jeune Coréenne évoque son calvaire dans un livre témoignage publié par Editions1, «Dans l’ombre de Moon». «Pour assurer ma protection», avoue-t-elle à Paris Match. La brutalité de son mari, Hyo Jin, l’hypocrisie de sa belle-famille, mais aussi les magouilles du révérend, l’argent détourné, l’aveuglement des fidèles… Nansook Hong dévoile la face cachée de l’empire Moon. Récit d’une plongée dans l’enfer bien terrestre de l’Eglise de l’unification.

DE 15 A 29 ANS, NANSOOK HONG A CONSACRE SA VIE AU CELEBRE REVEREND DONT ELLE A EPOUSE L’UN DES FILS. AUJOURD’HUI, ELLE REGLE SES COMPTES. DANS UN LIVRE ACCABLANT POUR L’EGLISE DE L’UNIFICATION

Paris Match. Votre départ de la secte Moon, il y a trois ans, a provoqué la colère du révérend. Les choses semblaient doucement s’apaiser. Alors, pourquoi remettre de l’huile sur le feu avec ce livre ?

Nansook Hong. Lorsque je suis partie, j’ai immédiatement songé à raconter mon expérience. C’était une sorte d’obligation morale envers ceux qui sent encore là-bas. Si cela pouvait “éclairer’ une seule personne, je serais contente. J’ai passé une partie de ma vie, de 15 à 29 ans, dans I Eglise de l’unification. Pour mon équilibre mental, il me fallait absolument-trouver un sens à ce que j’avais vécu. Ce livre s’adresse aussi aux femmes battues et qui ont peur. Je veux leur dire qu’on peut toujours se sortir des pires situations.

P.M. Vos parents, adeptes de la secte, vous ont, en quelque sorte, “donnée” au révérend Moon pour épouser Hyo Jin, son fils. Leur en voulez-vous ?

N.H. Non, pas une seconde, ils avaient voué leur vie à l’Eglise de l’unification. Pour eux, c’était un honneur que leur enfant fût choisie par le révérend Moon.

P.M. Pendant vos années de mariage, avez-vous parlé avec vos parents de ce que vous découvriez chaque jour dans la secte ?

N.H. Je ne leur ai jamais dit que mon mari me frappait. Cela les aurait “dévastés”. Pour tenir le coup, j’ai, très tôt, considère mon mariage comme une mission assignes par Dieu. Je ne pouvais pas me plaindre. En revanche, quand j’ai commence a comprendre que le révérend Moon n’était pas aussi a cheval sur les principes qu’il préconisait, je m’en suis entretenue avec mes parents. Mais nous nous sentions coincés. Un temps, j’ai naïvement pensé que je pourras changer tout ça de l’intérieur. C’était illusoire, bien sûr. Alors, je me suis raccrochée à l’éducation de mes enfants, peur les élever correctement.

P.M. Quand votre mari, Hyo Jin, a-t-il commencé à prendre de la cocaïne et à boire ?

N.H. Dès le début de notre mariage, lorsqu’il avait 19 ans. Il le faisait en réaction contre son père. Il éprouvait une incommensurable rancœur contre lui. Il lui reprochait de ne pas l’avoir élevé.

P.M. Avez-vous tenté de le raisonner ?

N.H. Au début, oui. Mas il est très vite devenu accro à la coke. Cela dit, les seuls moments où il parlait, c’était quand il en prenait… mas ses propos sont vite devenus insignifiants. Il avait une conception très asiatique du rôle des femmes, considérées comme des êtres subalternes, certainement pas destinées à l’aider à résoudre ses problèmes. Les soirs où il était particulièrement en colère, il disait que tout était de ma faute… Puis, il a commencé à me battre, ce qui lui paraissait naturel puisque son père se glorifiait de faire la même chose avec une adepte ce la secte.

P.M. Pensez-vous qu’il serait capable de prendre la succession de son père ?

N.H. J’ai entendu dire que le révérend Moon avait désigné son dauphin. Ce serait le frère de Hyo Jin. Lorsque le révérend disparaitra, ce sera une sanglante bataille.

P.M. Pourquoi avoir attendu quatorze ans pour partir ?

N.H. Je me le suis longtemps demandé. Si j’avais eu 20 ans au moment de mon mariage, je ne crois pas que je serais restée plus d’un an. J’avais 15 ans et j’étais très naïve. Plus le temps passait, plus les choses se compliquaient, surtout à cause de mes enfants. En outre, j’étais très croyante et le révérend Moon était l’incarnation de l’Eu. Il m’a fallu du temps peur briser cette image. Ce fut un long et douloureux cheminement. Lorsque j’ai décidé de partir, à 29 ans, c’était, dans un sens, totalement irréaliste. J’étais une mère de cinq enfants, vivant sans un luxe invraisemblable, et j’allais me retrouver sans argent, seule. Et beaucoup de monde allait me vouer une haine éternelle.

P.M. Combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où vous avez décidé de quitter l’Eglise et le jour où vous l’avez réellement fait ?

N.H. En janvier 1995, j’ai senti qu’il me fallait partir. Les séances de tabassage devenaient de plus en plus fréquentes et je savais que cela empirerait, qu’on s’en prendrait à mes enfants. Je ne voulais pas attendre jusqu’à cette extrémité. On aurait fini par tous nous tuer. Je me rappelle qu’un soir je regardais mon mari s’habiller pour aller dans un club de strip-tease ou dans des bars. J’ai eu comme une révélation : Dieu m’autorisait à partir. Profondément croyante, j’avais besoin de cette permission spirituelle. Une sorte de grâce. Ce fut le plus beau jour de ma vie. Je me sentais libérée. Huit mois m’ont été tout de même nécessaires pour réaliser ce que j’avais ressenti aussi intensément.

P.M. Comment vous êtes-vous enfuie ?

N.H. Je me suis d’abord assurée de la garde de mes enfants. Sans argent et prise au dépourvu, je n’aurais pas pu lutter centre la puissance financière des Moon. J’ai consulté des avocats. J’ai loué une maison et, petit à petit, j’ai confié mes affaires à un garde-meuble. Heureusement, mon mari, sous l’emprise de la drogue et de i’alcool, n’a rien remarqué. Au sein de l’Eglise, personne ne pensait que j’allais quitter cette vie luxueuse. Ce fut ma chance.

P.M. N’est-ce pas étonnant, malgré ces soupçons, que personne, à commencer par les Moon, n’ait réagi ?

N.H. C’est arrivé. Lorsque j’allais à New York voir les avocats, plusieurs personnes m’ont reconnue et ont ensuite fait leur rapport. S’ensuivaient des séances de reproches, mas je le répète, personne ne croyait que je partirais vraiment.

P.M. Avez-vous reçu des menaces ?

N.H. Evidemment. Mais j’avais pris soin d’obtenir une mesure légale qui interdisait a mon mari de nous approcher à plus ce 50 mètres. Cela ne l’a pas empêché d’engager des gens pour me traquer. Ils ont fini par me retrouver. Heureusement, M. et Mme Moon ont empêché leur fils de faire une bêtise. Cela dit, aujourd’hui encore, des gens viennent tourner autour de la maison, nous appellent au téléphone et effraient mes enfants. Je les crains en la publicité qui l’entoure vent me procurer une certaine protection. Du moins, je l’espère.

P.M. Les Moon ont-ils essayé ce vous acheter ?

N.H. Bien sûr. Ils ont tout tenté, de la menace aux propositions. Mme Moon m’a adressé des cassettes dans lesquelles elle parlait ce réconciliation. Elle a envoyé des gens voir mes parents, mes amis. Ils ont aussi voulu acheter mon silence quand ils ont compris que je ne reviendrai pas. Je suis contente qu’ils ne m’aient pas proposé une énorme somme d’argent lorsque j’étais plus faible ; j’aurais alors sans doute accepté.

P.M. Vous souvenez-vous du premier incident qui vous a fait comprendre que le révérend Moon n’était sans doute pas le Messie qu’il prétendait être ?

N.H. J’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond lorsque j’ai réalisé qu’il se prenait pour Dieu. Ça a été un choc pour moi. Il se prenait pour le maître de l’univers. Et comment conquérir le monde aujourd’hui sinon avec de l’argent ? Il parlait autant d’argent que de Dieu. Mas je ne sais pas dans quelle mesure il n’est pas devenu fou, il ne s’est pas persuadé qu’il est réellement le Messie tout-puissant

P.M. Comment fonctionne la collecte de l’argent au sein de l’Eglise ?

N.H. Au début, pour devenir membre, c’était très simple : il fallait donner tout son argent. Aujourd’hui, c’est plus flou. Moon veut toujours davantage de membres et se “contente” de donations substantielles mais pas totales. La principale source de revenus de l’Eglise vient du Japon qui en est la branche là plus florissante. A intervalles réguliers, des émissaires apportaient des valises d’argent en liquide. Au Japon, les membres sent sans doute les plus fanatiques. Ils travaillent jusqu’à épuisement pour faire fructifier les affaires de l’Eglise. Outre les restaurants, les hôtels, les journaux que Moon contrôle, l’Eglise se cache derrière des organisations comme Le mouvement de la femme pour la paix. Sous le prétexte humanitaire, ils font du porte-à-porte chez les riches et leur extorquent des sommes invraisemblables.

P.M. Comment fonctionne le blanchiment de l’argent ?

N.H. Oh, très simplement! Il arrivait aux Moon de donner 1 million de dollars en cash à leurs enfants, les fils, qui faisaient aussitôt la tournée des restaurants coréens de New York, propriété de la famille. Une façon très simple de recycler l’argent.

P.M. Vous dites dans votre livre que le vrai pouvoir de la secte est en fait détenu par la femme de Moon.

N.H. Le révérend Moon a eu plusieurs aventures extra-conjugales qu’il appelait “rencontres providentielles, épreuves que Dieu mettait sur sa route”. Sa femme et lui avaient une sorte d’accord tacite, un peu à la Hillary et Bill Clinton. Compte tenu du pouvoir et de la fortune, elle fermait les yeux. Elle est la mère de ses treize enfants ; elle connaît tous ses secrets. Dans les sociétés ancestrales asiatiques, même si l’homme commande la femme tire les ficelles dans l’ombre. Si vous aviez une faveur à demander au révérend Moon, le meilleur moyen de l’obtenir était de s’adresser à sa femme. Malheureusement pour moi, elle ne m’a jamais soutenue. Mon mari me battait, mais peur elle, j’étais la coupable. Si j’avais été à la hauteur de ma tâche, j’aurais dû le changer, disait-elle. Comment aurais-je pu transformer un maniaco-dépressif violent quand eux-mêmes, des êtres soi-disant supérieurs, avaient échoué dans leur éducation ? A leur décharge, mon mari leur faisait peur. C’est le seul de la famille qui osait répondre à son père.

P.M. Le révérend Moon a-t-il des enfants illégitimes à l’intérieur de la secte ?

N.H. Dans le premier cercle, c’était connu! Mais les gens sont tenus par l’argent et par le souci de préserver leur confort.

P.M. Vous dites que le révérend Moon est capable de faire un discours pendant quinze heures. Utilise-t-il des drogues pour réaliser de telles performances ?

N.H. Non, absolument pas. Mais ces discours sont traduits du coréen en anglais, ce qui ramène son temps de parole effectif à sept heures ; ce qui est déjà pas mal.

P.M. De quoi parle-t-il exactement ?

N.H. C’est un fatras assez incohérent sur Dieu, a famille, la pureté et autres fadaises…

P.M. Ce quoi vivez-vous aujourd’hui ?

N.H. Par l’entremise de mes avocats, je reçois une pension des Moon pour l’éducation de mes enfants. C’est ma seule source de revenus. Je m’occupe d’une association de femmes battues.

P.M. Après avoir été trahie, éprouvez-vous désormais des difficultés a faire confiance à vos semblables ?

N.H. Pas vraiment. J’ai du mal à croire le dis…


Video : Hyo Jin de la “famille parfaite” Moon (4 minutes)


« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 1

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 2

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 3

« L’ombre de Moon » par Nansook Hong, partie 4

Moon La Mystification – Allen Tate Wood

Billet pour le ciel – 1, Josh Freed

Billet pour le ciel – 2, Josh Freed

Billet pour le ciel – 3, Josh Freed

L’empire Moon – Jean-François Boyer

Transcription de Sam Park Vidéo en Français